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Jeune dandy fin de siècle, Jean de Tinan (1874-1898) exécute ses premiers pas dans la littérature en publiant en 1894, pour L’Art indépendant, un court récit au titre plutôt évocateur Un document sur l’impuissance d’aimer qui est son premier témoignage d’un malaise et d’un destin personnel plutôt funeste. Dès ses premières pages, Tinan mêle ainsi biographie et écriture et fait de ses œuvres le miroir d’un mal-être, d’une désillusion sentimentale et d’un questionnement professionnel qui ne cesse de caractériser l’ensemble de ses textes. En lisant Tinan, le lecteur ne peut qu’éprouver un certain engouement, une sorte d’empathie complice liée à la sincérité de ses confidences sentimentales, de son désarroi, qui apparaissent comme plutôt exceptionnels pour un jeune homme qui se veut de surcroît et paradoxalement dandy. En d’autres termes, la page tinanienne est tout d’abord à l’écoute de son auteur et se fait par la même occasion la porte-parole d’une crise existentielle juvénile et tendre qui touche nombre de ses jeunes contemporains. L’impuissance d’aimer – véritable leitmotive tinanien – est précisément le premier symptôme de sa « faille au cœur », cette inadéquation à l’amour et à ses périls qui le fera sombrer d’une néphrite cardiaque à l’âge de seulement vingt-quatre ans. À en lire les biographies de Jean-Paul Goujon, l’abondante correspondance et les différents journaux, de nos jours, il est fort probable que Jean de Tinan puisse être décédé du syndrome de tako-tsubo, connu davantage sous le nom populaire du syndrome du cœur brisé. Par ailleurs, comme le démontre sa courte carrière, son impuissance n’est pas exclusivement liée aux chagrins d’amour mais s’élargit également au domaine de l’écriture et à la frustration d’une création littéraire hasardée qui se révèle dès ses débuts bien laborieuse, variée et complexe. En quête permanente d’un modèle, d’un style et surtout d’un genre approprié et promis au succès, Jean de Tinan s’approche au monde des écrivains avec beaucoup d’incertitude, en « tâtonnant », et préfère, avant de passer au grand genre du roman, les sous-genres expérimentaux de l’essai, de l’Annotation sentimentale (1895), du conte, de la chronique et surtout de « l’écriture de sous-traitance » auprès de l’ingénieuse industrie littéraire de Willy, pour qui il compose deux romans en tant que prête-plume. Toute la vie de Jean de Tinan semble en somme marquée par l’impuissance, la mise à l’épreuve et l’inachèvement, la douleur des peines de cœur et la précarité liée notamment à sa maladie hélas chronicisée. Bref, pour notre auteur, tout semble le vouer à l’échec, à l’inconstance et à l’inaccessible. Tout comme l’indique le titre de son roman le plus connu Penses-tu réussir ou les diverses amours de mon ami Raoul de Vallonges (1897), qui pose une question capitale sinon rhétorique sur parcours de vie de Jean de Tinan et dresse, par le biais de l’alter ego Raoul de Vallonges, le portrait et le bilan d’une destinée bien fragile qui se stigmatise essentiellement sous le signe irrémédiable de l’« impuissance ». Ne serait-ce pas là, dans cette carence, que réside tout le charme délicat de son écriture et l’éclat pâle de son existence ?

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This page is a summary of: Jean de Tinan ou la psychobiographie d’une impuissance, August 2024, De Gruyter,
DOI: 10.1163/9789004700741_004.
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